3 Burkina

3.1 Introduction

Le Burkina Faso, situé au cœur du Sahel, est un territoire à la fois stratégique et fragile sur le plan écologique. Son environnement est caractérisé par une transition marquée entre les zones arides du nord, soumises à la désertification, et les régions sud-soudaniennes plus humides et agricoles. Cette diversité spatiale, combinée à une forte pression démographique et à des aléas climatiques récurrents, fait du Burkina Faso un terrain d’étude privilégié pour analyser les dynamiques environnementales en contexte sahélien.

Dans ce chapitre, trois indices spectraux issus d’images satellitaires sont mobilisés pour caractériser l’état écologique du Burkina Faso en 2024, chacun apportant un éclairage complémentaire :

Le BNDVI (Blue Normalized Difference Vegetation Index) permet d’évaluer la couverture végétale en intégrant la bande bleue du spectre, ce qui en fait un indice particulièrement sensible dans les zones à faible végétation — typiques des régions sahéliennes ;

Le BAI (Burned Area Index) est ici utilisé comme un indicateur de stress extrême ou de dégradation écologique, notamment en lien avec les feux de brousse, la sécheresse ou la surexploitation des sols ;

Le AWEInsh (Automated Water Extraction Index – non-shaded) détecte la présence d’humidité dans les sols et la végétation, un facteur clé dans un pays où l’accès à l’eau reste un enjeu environnemental et socio-économique majeur.

Ces indices sont analysés à l’échelle régionale, à travers des cartes interactives, des tableaux statistiques et des commentaires interprétatifs. Cette approche permet de repérer les zones écologiquement stables, d’identifier les régions sous stress ou à risque de dégradation, et de proposer des lectures spatialisées de la vulnérabilité environnementale.

Ce chapitre constitue ainsi une lecture écologique intégrée du Burkina Faso, en apportant une vision à la fois descriptive et analytique des conditions végétales, hydriques et dégradatives du territoire, dans une logique de comparaison avec les autres pays de l’Atlas.


3.2 Végétation – BNDVI

Le BNDVI (Blue Normalized Difference Vegetation Index) est une variante du NDVI qui utilise la bande bleue au lieu de la bande rouge dans son calcul. Il permet de mesurer la densité et la vigueur de la végétation verte, en particulier dans les zones à faible couverture végétale ou soumises à des effets atmosphériques importants comme les aérosols ou la poussière, fréquents dans les environnements sahéliens.

Ses valeurs sont généralement comprises entre –1 et +1, mais dans les milieux naturels, elles se situent plutôt entre 0 (sol nu ou zones dégradées) et 1 (végétation dense et active). En raison de la manière dont certains rasters sont enregistrés, les valeurs sont parfois multipliées par 10 000, ce qui est corrigé dans notre analyse.

Dans le cas du Burkina Faso, nous avons extrait les valeurs moyennes du BNDVI pour l’année 2024 par région administrative, à partir de rasters satellitaires haute résolution. Ces valeurs permettent de dresser une cartographie précise de la répartition de la végétation sur le territoire, et de mettre en évidence les contrastes écologiques entre les régions du nord, plus arides, et celles du sud, plus verdoyantes.

3.2.1 Carte interactive du BNDVI au Burkina-Faso en 2024

##   |                                                                              |                                                                      |   0%  |                                                                              |=====                                                                 |   8%  |                                                                              |===========                                                           |  15%  |                                                                              |================                                                      |  23%  |                                                                              |======================                                                |  31%  |                                                                              |===========================                                           |  38%  |                                                                              |================================                                      |  46%  |                                                                              |======================================                                |  54%  |                                                                              |===========================================                           |  62%  |                                                                              |================================================                      |  69%  |                                                                              |======================================================                |  77%  |                                                                              |===========================================================           |  85%  |                                                                              |=================================================================     |  92%  |                                                                              |======================================================================| 100%

3.2.2 Tableau de la répartition du BNDVI au Burkina en 2024

Moyennes régionales du BNDVI
Burkina-Faso – Année 2024
Région BNDVI
Boucle du Mouhoun 0.57
Cascades 0.64
Centre 0.55
Centre-Est 0.55
Centre-Nord 0.56
Centre-Ouest 0.56
Centre-Sud 0.56
Est 0.55
Hauts-Bassins 0.61
Nord 0.57
Plateau-Central 0.55
Sahel 0.55
Sud-Ouest 0.61

3.2.3 Analyse des résultats

L’analyse zonale du BNDVI permet de :

  • Quantifier la productivité végétale régionale dans un contexte sahélien soumis à de fortes pressions climatiques,
  • Détecter les zones à faible couverture végétale, potentiellement exposées à la désertification et à l’érosion des sols,
  • Orienter les politiques agricoles, forestières et pastorales en tenant compte des disparités régionales,
  • Comparer les dynamiques écologiques entre le nord aride, les savanes centrales et les zones soudaniennes du sud-ouest.

La répartition régionale du BNDVI au Burkina Faso en 2024 révèle une variabilité modérée de la couverture végétale, avec des valeurs comprises entre 0.55 et 0.64, mais elle met en évidence un gradient écologique sud-ouest / nord-est.

Les valeurs les plus élevées, supérieures à 0.60, sont enregistrées dans les régions du Sud-Ouest (0.61), des Hauts-Bassins (0.61) et des Cascades (0.64). Ces zones bénéficient d’une pluviométrie plus abondante, d’un sol plus fertile, et d’une densité forestière plus importante. Elles concentrent également une part importante de la production agricole nationale.

Les valeurs intermédiaires, autour de 0.56 à 0.57, sont observées dans des régions de transition comme la Boucle du Mouhoun, le Nord, le Centre-Ouest, ou encore le Centre-Nord. Ces zones présentent généralement une végétation saisonnière, composée de savanes, de jachères et de zones cultivées.

Les valeurs les plus faibles du BNDVI, bien qu’elles restent relativement élevées (autour de 0.55), sont relevées dans des régions plus arides ou urbanisées telles que le Plateau-Central, le Centre, l’Est, et la région sahélienne du Sahel. Dans ces territoires, la couverture végétale est plus clairsemée, souvent soumise à un stress hydrique chronique, à une déforestation progressive, ou à une occupation du sol plus anthropisée.

Globalement, cette carte illustre une transition écologique ouest-sud / nord-est caractéristique du Burkina Faso : les zones méridionales et occidentales concentrent la végétation la plus dense et active, tandis que les régions du centre et du nord, plus exposées aux aléas climatiques et à la pression démographique, affichent une couverture végétale plus fragile.


3.3 Santé de la végétation – BAI

Le BAI (Burned Area Index) est un indice spectral développé à l’origine pour détecter les zones brûlées par les incendies de végétation. Toutefois, dans les contextes sahéliens comme celui du Burkina Faso, le BAI est également utilisé comme un indicateur de stress ou de dégradation avancée, car il met en évidence des sols nus, sombres, souvent liés à une perte de couvert végétal, à la sécheresse, ou à une surexploitation agricole et pastorale.

Le BAI est calculé à partir des bandes rouge et infrarouge moyen (SWIR), avec une sensibilité particulière aux zones où la végétation a disparu ou subi une altération profonde. Contrairement aux indices comme le NDVI ou le BNDVI, qui mesurent la densité de la végétation, le BAI met plutôt en évidence les signes visibles de perturbation ou d’appauvrissement de la surface terrestre.

Dans le cas du Burkina Faso, nous avons extrait les valeurs moyennes du BAI pour l’année 2024 à partir d’images satellites haute résolution, puis agrégé ces résultats par région administrative. L’analyse permet d’identifier les zones écologiquement les plus fragilisées, où les pressions climatiques et anthropiques ont laissé des traces visibles dans la structure du sol et du couvert végétal.

3.3.1 Carte interactive du BAI au Burkina-Faso en 2024

##   |                                                                              |                                                                      |   0%  |                                                                              |=====                                                                 |   8%  |                                                                              |===========                                                           |  15%  |                                                                              |================                                                      |  23%  |                                                                              |======================                                                |  31%  |                                                                              |===========================                                           |  38%  |                                                                              |================================                                      |  46%  |                                                                              |======================================                                |  54%  |                                                                              |===========================================                           |  62%  |                                                                              |================================================                      |  69%  |                                                                              |======================================================                |  77%  |                                                                              |===========================================================           |  85%  |                                                                              |=================================================================     |  92%  |                                                                              |======================================================================| 100%

3.3.2 Tableau de la répartition du BAI au Burkina en 2024

Moyennes régionales du BAI
Burkina-Faso – Année 2024
Région BAI
Boucle du Mouhoun 0.25
Cascades 0.17
Centre 0.28
Centre-Est 0.29
Centre-Nord 0.32
Centre-Ouest 0.25
Centre-Sud 0.25
Est 0.27
Hauts-Bassins 0.21
Nord 0.31
Plateau-Central 0.30
Sahel 0.37
Sud-Ouest 0.18

3.3.3 Analyse des résultats

L’analyse zonale du BAI permet de :

  • Repérer les zones écologiquement dégradées ou perturbées, qu’il s’agisse de surfaces brûlées, de sols nus, ou de végétation fortement altérée ;
  • Détecter les régions les plus sensibles à la déforestation, à la sécheresse, ou à l’érosion des terres ;
  • Mieux comprendre l’impact cumulé des activités humaines (agriculture extensive, feux de brousse) et des aléas climatiques dans la dynamique environnementale du pays.

La répartition des valeurs du BAI au Burkina Faso en 2024 fait apparaître des contrastes significatifs entre les régions :

Les valeurs les plus élevées sont enregistrées dans les régions sahéliennes et septentrionales, notamment dans le Sahel (0.37), le Centre-Nord (0.32), le Nord (0.31) et le Plateau-Central (0.30). Ces zones présentent des signes marqués de dégradation du couvert végétal, probablement liés à la répétition des sécheresses, aux incendies de brousse, et à une pression humaine forte sur les ressources naturelles. Elles constituent des zones critiques de vulnérabilité écologique.

Les valeurs intermédiaires, comprises entre 0.25 et 0.29, concernent des régions comme le Centre (0.28), l’Est (0.27), ou le Centre-Ouest (0.25). Ces territoires connaissent une pression environnementale modérée, où les surfaces altérées cohabitent avec des zones encore fonctionnelles sur le plan écologique.

Enfin, les valeurs les plus faibles du BAI, indicatives de moindre perturbation, sont observées dans les régions méridionales et plus humides : Cascades (0.17), Sud-Ouest (0.18) et Hauts-Bassins (0.21). Ces zones bénéficient d’une pluviométrie plus régulière, d’une couverture végétale plus dense, et d’une moindre intensité des perturbations de surface — ce qui en fait des réservoirs de résilience écologique pour le pays.

Ainsi, la carte du BAI illustre une dégradation croissante du nord au sud, et permet de cibler les régions prioritaires pour des actions de reforestation, de lutte contre l’érosion, ou de gestion durable des ressources.


3.4 Eau et humidité – AWEInsh

Le AWEInsh (Automated Water Extraction Index – non-shaded) est un indice spectral conçu pour détecter la présence d’humidité et d’eau libre à la surface du sol, en particulier dans les zones non ombragées. Il est particulièrement adapté aux environnements sahéliens où l’eau est souvent peu visible, diffuse ou en faible quantité. Le AWEInsh est largement utilisé pour identifier les zones humides, les mares temporaires, les vallées inondables ou encore la teneur en eau résiduelle dans les surfaces agricoles.

Contrairement au NDVI ou au BNDVI qui mesurent la densité du couvert végétal, et au BAI qui signale les zones dégradées, le AWEInsh renseigne directement sur la disponibilité en eau à la surface du territoire, qu’il s’agisse d’eau libre ou d’humidité stockée dans les premiers centimètres du sol.

Dans le cas du Burkina Faso, les valeurs moyennes du AWEInsh pour l’année 2024 ont été extraites à partir de rasters satellites à haute résolution, puis agrégées par région administrative. L’analyse de ces données permet d’identifier les zones à forte ou faible disponibilité en eau, de suivre les gradients d’humidité, et d’anticiper les zones à risque de stress hydrique ou de déficit agricole. Cet indice est ainsi un outil stratégique pour le suivi agro-hydrologique dans un pays confronté à une vulnérabilité climatique croissante.

3.4.1 Carte interactive de l’AWEInsh au Burkina-Faso en 2024

##   |                                                                              |                                                                      |   0%  |                                                                              |=====                                                                 |   8%  |                                                                              |===========                                                           |  15%  |                                                                              |================                                                      |  23%  |                                                                              |======================                                                |  31%  |                                                                              |===========================                                           |  38%  |                                                                              |================================                                      |  46%  |                                                                              |======================================                                |  54%  |                                                                              |===========================================                           |  62%  |                                                                              |================================================                      |  69%  |                                                                              |======================================================                |  77%  |                                                                              |===========================================================           |  85%  |                                                                              |=================================================================     |  92%  |                                                                              |======================================================================| 100%

3.4.2 Tableau de la répartition d l’AWEInsh au Burkina-Faso en 2024

Moyennes régionales du LSWI
Burkina-Faso – Année 2024
Région AWEINSH
Boucle du Mouhoun −0.277
Cascades −0.324
Centre −0.257
Centre-Est −0.293
Centre-Nord −0.286
Centre-Ouest −0.247
Centre-Sud −0.255
Est −0.274
Hauts-Bassins −0.311
Nord −0.281
Plateau-Central −0.284
Sahel −0.259
Sud-Ouest −0.265

3.4.3 Analyse des résultats

L’analyse zonale du AWEInsh permet de :

  • Identifier les zones à forte ou faible disponibilité en eau dans les sols et à la surface,
  • Détecter les zones humides résiduelles dans un contexte sahélien soumis à des stress hydriques fréquents,
  • Orienter les politiques de gestion de l’eau, d’irrigation, et d’adaptation agricole face à la variabilité climatique,
  • Observer les différences régionales dans la capacité de rétention hydrique des écosystèmes.

En 2024, les valeurs du AWEInsh au Burkina Faso varient globalement entre –0.324 et –0.247, indiquant une humidité de surface globalement faible sur l’ensemble du territoire, ce qui est cohérent avec les conditions semi-arides dominantes du pays. Toutefois, on observe des variations régionales notables.

Les valeurs les plus négatives, indiquant une teneur en eau particulièrement faible, sont relevées dans les Cascades (–0.324), les Hauts-Bassins (–0.311) et le Centre-Est (–0.293). Bien que certaines de ces régions soient plus humides d’un point de vue pluviométrique, ces valeurs peuvent traduire une baisse de l’humidité résiduelle en fin de saison sèche, ou des dynamiques de drainage et d’évaporation rapides.

Les valeurs intermédiaires, situées autour de –0.274 à –0.284, sont observées dans des régions comme l’Est (–0.274), le Nord (–0.281), le Centre-Nord (–0.286) ou le Plateau-Central (–0.284). Ces régions présentent une humidité modérée, probablement liée à une combinaison de zones agricoles saisonnières et de poches de rétention hydrique limitée.

Enfin, les valeurs les moins négatives (c’est-à-dire les plus “humides”) se situent dans le Centre-Ouest (–0.247), le Centre (–0.257) et le Centre-Sud (–0.255). Ces résultats suggèrent que ces zones disposent d’une meilleure capacité de rétention d’humidité, possiblement liée à des types de sol plus perméables, une végétation stabilisatrice, ou une infrastructure hydrologique plus développée.

De manière générale, l’analyse du AWEInsh montre que la quasi-totalité du territoire burkinabé affiche des niveaux d’humidité faibles à très faibles, avec des différences régionales subtiles mais significatives. Ces données confirment la fragilité hydrique du pays et soulignent l’intérêt de mécanismes de suivi continu pour anticiper les périodes de stress hydrique, planifier les cultures, et orienter les politiques d’adaptation climatique.

3.5 Conclusion

L’analyse des dynamiques environnementales du Burkina Faso à partir des indices spectraux BNDVI, BAI et AWEInsh met en lumière des contrastes écologiques marqués entre les régions, révélateurs des tensions structurelles entre végétation, dégradation et disponibilité en eau.

Le BNDVI révèle une végétation plus dense dans les régions méridionales et soudaniennes (Cascades, Sud-Ouest, Hauts-Bassins), en lien avec une pluviométrie plus favorable et une occupation agricole diversifiée. À l’inverse, les régions centrales et septentrionales présentent des valeurs plus modérées, indiquant une couverture végétale plus clairsemée et souvent saisonnière.

Le BAI met en évidence une dégradation écologique plus avancée dans le nord du pays, notamment dans les régions du Sahel, du Nord et du Centre-Nord, où les conditions climatiques, les feux récurrents et les pressions anthropiques contribuent à une perte significative de végétation et à l’exposition des sols. Ces zones apparaissent comme écologiquement vulnérables, avec des signaux forts d’alerte pour les politiques de reforestation et de gestion des terres.

Enfin, l’analyse du AWEInsh souligne une disponibilité en eau de surface faible à très faible sur l’ensemble du territoire, avec des variations régionales modestes. Même les régions habituellement considérées comme plus humides présentent des valeurs négatives, traduisant une teneur hydrique résiduelle insuffisante pour garantir une résilience écologique à long terme.

Dans son ensemble, ce chapitre offre une lecture intégrée du territoire burkinabé, où la végétation active, la dégradation écologique et la ressource hydrique s’entrelacent pour façonner les dynamiques environnementales régionales. Cette lecture spatialisée constitue une base solide pour orienter les stratégies d’adaptation au changement climatique, de gestion des ressources naturelles et de planification territoriale durable.

“Là où l’eau se retire, la mémoire de la terre s’efface. Et c’est à l’homme d’inventer de nouveaux équilibres avec le vivant.”— Souleymane Bachir Diagne